Comme nous l'avons précédemment observé, un cable éthernet peut suffire pour connecter deux machines, mais à partir de trois appareils il est nécessaire d'introduire un composant supplémentaire tel qu'un switch...
Pour interconnecter différents réseaux il est nécesaire d'introduire des routeurs.
Un routeur possède plusieurs interfaces (cartes) réseau qui vont lui permettrent de devenir la passerelle d'un réseau vers l'autre. Mais il ne suffit pas de connecter physiquement des routeurs pour que cela fonctionne...
Internet résulte de l’interconnexion de réseaux par des routeurs.
1. cas n°1 : M1 veut communiquer avec M3
Le paquet est envoyé de M1 vers le switch R1, R1 "constate" que M3 se trouve bien dans le réseau local 1, le paquet est donc envoyé directement vers M3.
On peut résumer le trajet du paquet par : M1 → R1 → M3
2. cas n°2 : M1 veut communiquer avec M6
Le paquet est envoyé de M1 vers le switch R1, R1 « constate » que M6 n’est pas sur le réseau local 1, R1 envoie donc le paquet vers le routeur A.
Le routeur A n’est pas connecté directement au réseau localR2 (réseau local de la machine M6), mais il "sait" que le routeur B est connecté au réseau local 2.
Le routeur A envoie le paquet vers le routeur B. Le routeur B est connecté au réseau local 2, il envoie le paquet au Switch R2. Le Switch R2 envoie le paquet à la machine M6.
Soit : M1 → R1→ Routeur A → Routeur B → R2 → M6
3. cas n°3 : M1 veut communiquer avec M9
M1 → R1 → Routeur A → Routeur B → Routeur D → Routeur E → R4 → M9
Ou bien : M1 → R1 → Routeur A → Routeur H → Routeur F → Routeur E → R4 → M9
Il est très important de bien comprendre qu’il existe souvent plusieurs chemins possibles pour relier 2 ordinateurs.
4. cas n°4 : M13 veut communiquer avec M9
Nous pouvons avoir : M13 → R6 → Routeur G → Routeur F → Routeur E → R4 → M9
ou encore : M13 → R6 → Routeur G → Routeur F → Routeur H → Routeur C → Routeur D → Routeur E → R4 → M9
On pourrait penser que le chemin "Routeur F → Routeur E" est plus rapide et donc préférable au chemin "Routeur F → Routeur H", cela est sans doute vrai, mais imaginez qu’il y ait un problème technique entre le Routeur F et le Routeur E, l’existence du chemin "Routeur F → Routeur H" permettra tout de même d’établir une communication entre M13 et M9.
5. cas n°5 : M4 veut communiquer avec M14
Déterminer un chemin possible permettant d’établir cette connexion
...
...
ping
et la commande traceroute
pour voir le chemin emprunté par les paquets...Comment ça marche?
Deux machines dans le même réseau local doivent posséder la même adresse réseau.
Dans le schéma ci-dessous, on a noté les adresses IP des machines ainsi que les adresses réseaux (avec le switch).
La notation 175.3.1.2/16 signifie que c’est la machine 175.3.1.2 du réseau 175.3.0.0 (16 signifiant que les 16 premiers bits sont réservés à l’adresse réseau, ce qui correspond au masque 255.255.0.0).
Dans le schéma ci-dessus M1 et M4 n’ont pas la même adresse réseau (car elles n’appartiennent pas au même réseau local), si M1 cherche à entrer en communication avec M4, le switch R1 va constater que M4 n’appartient pas au réseau local (grâce à son adresse IP), R1 va donc envoyer le paquet de données vers le routeur A. Cela sera donc au routeur A de gérer le "problème" : comment atteindre M4 ?
Chaque routeur possède une table de routage. Une table de routage peut être vue comme un tableau qui va contenir des informations permettant au routeur d’envoyer le paquet de données dans la "bonne direction".
Dans le schéma précédent nous avons 2 routeurs :
Voici les informations présentes dans la table de routage de A :
Ce qui peut se résumer par le tableau (simplifié) suivant : (la métrique correspond ici au nombre de "saut")
réseau | moyen de l’atteindre | métrique |
---|---|---|
175.3.0.0/16 | eth0 | 0 |
192.168.5.0 | eth1 | 0 |
192.168.3.0 | eth2 | 0 |
10.0.0.0 | 192.168.5.2 | 1 |
réseau | moyen de l’atteindre | métrique |
---|---|---|
... | ... | ... |
... | ... | ... |
Dans des réseaux très complexes, chaque routeur aura une table de routage qui comportera de très nombreuses lignes (des dizaines voir des centaines...). En effet chaque routeur devra savoir vers quelle interface réseau il faudra envoyer un paquet afin qu’il puisse atteindre sa destination.
On peut trouver dans une table de routage plusieurs lignes pour une même destination, il peut en effet, à partir d’un routeur donné, exister plusieurs chemins possibles pour atteindre la destination. Dans le cas où il existe plusieurs chemins possibles pour atteindre la même destination, le routeur va choisir le "chemin le plus court".
Pour choisir ce chemin le plus court, le routeur va utiliser la métrique : plus la valeur de la métrique est petite, plus le chemin pour atteindre le réseau est "court". Un réseau directement lié à un routeur aura une métrique de 0.
Comment un routeur arrive à remplir sa table de routage ?
La réponse est simple pour les réseaux qui sont directement reliés au routeur (métrique = 0), mais comment cela se passe-t-il pour les autres réseaux (métrique supérieure à zéro) ?
Il existe 2 méthodes :
le routage statique : chaque ligne doit être renseignée "à la main". Cette solution est seulement envisageable pour des très petits réseaux de réseaux.
le routage dynamique : tout se fait "automatiquement", on utilise des protocoles qui vont permettre de "découvrir" les différentes routes automatiquement afin de pouvoir remplir la table de routage tout aussi automatiquement.
Un réseau de réseaux comportant des routeurs peut être modélisé par un graphe : chaque routeur est un sommet et chaque liaison entre les routeurs ou entre un routeur et un switch est une arête. Les algorithmes utilisés par les protocoles de routages sont donc des algorithmes issus de la théorie de graphes.
On trouve plusieurs protocoles de routage, nous allons en étudier deux : RIP (Routing Information Protocol) et OSPF (Open Shortest Path First).
Au départ, les tables de routage contiennent uniquement les réseaux qui sont directement reliés au routeur (dans notre exemple ci-dessus, à l’origine, la table de routage de A contient uniquement les réseaux 175.3.0.0/16, 192.168.5.0/24 et 192.168.3.0/24).
Chaque routeur envoie périodiquement (toutes les 30 secondes) à tous ses voisins (routeurs adjacents) un message. Ce message contient la liste de tous les réseaux qu’il connaît (dans l’exemple ci-dessus, le routeur A envoie un message au routeur G avec les informations suivantes : "je connais les réseaux 175.3.0.0/16, 192.168.5.0/24 et 192.168.3.0/24".
De la même manière G envoie un message à A avec les informations suivantes : "je connais les réseaux 192.168.5.0/24 et 10.0.0.0/8").
À la fin de cet échange, les routeurs mettent à jour leur table de routage avec les informations reçues (dans l’exemple ci-dessus, le routeur A va pouvoir ajouter le réseau 10.0.0.0/8 à sa table de routage. Le routeur A "sait" maintenant qu’un paquet à destination du réseau 10.0.0.0/8 devra transiter par le routeur G).
Pour renseigner la colonne "métrique", le protocole utilise le nombre de sauts, autrement dit, le nombre de routeurs qui doivent être traversés pour atteindre le réseau cible (dans la table de routage de A, on aura donc une métrique de 1 pour le réseau 10.0.0.0/8 car depuis A il est nécessaire de traverser le routeur G pour atteindre le réseau 10.0.0.0/8).
Le protocole RIP s’appuie sur l’algorithme de Bellman-Ford (algorithme qui permet de calculer les plus courts chemins dans un graphe).
Soit le réseau suivant:
réseau | moyen de l’atteindre | métrique |
---|---|---|
... | ... | ... |
... | ... | ... |
...
...
Comme dans le cas du protocole RIP, nous allons retrouver des échanges d’informations entre les routeurs (ces échanges sont plus "intelligents" dans le cas d’OSPF, ils permettent donc de réduire l’occupation du réseau).
Nous n’allons pas rentrer dans les détails de ces échanges et nous allons principalement insister sur la métrique produite par OSPF.
Le protocole OSPF, au contraire de RIP, n’utilise pas le "nombre de sauts nécessaire" pour établir la métrique, mais la notion de "coût des routes".
Dans les messages échangés par les routeurs on trouve le coût de chaque liaison (plus le coût est grand et moins la liaison est intéressante). Quand on parle de "liaison" on parle simplement du câble qui relie un routeur à un autre routeur.
Le protocole OSPF permet de connaître le coût de chaque liaison entre routeurs, et donc, de connaître le coût d’une route (en ajoutant le coût de chaque liaison traversée).
On notera que pour effectuer ces calculs, le protocole OSPF s’appuie sur l’algorithme de Dijkstra
Mais sur quoi repose cette notion de coût?
La notion de coût est directement liée au débit des liaisons entre les routeurs.
Le débit correspond au nombre de bits de données qu’il est possible de faire passer dans un réseau par seconde.
Le débit est donc donné en bits par seconde (bps), mais on trouve souvent des kilo bits par seconde (kbps) ou encore des méga bits par seconde (Mbps) => 1 kbps = 1000 bps et 1 Mbps = 1000 kbps.
Connaissant le débit d’une liaison, il est possible de calculer le coût d’une liaison à l’aide de la formule $ coût = 10^8 / débit$ avec le débit en bits par seconde.
Pour obtenir la métrique d’une route, il suffit d’additionner les coûts de chaque liaison (par exemple si pour aller d’un réseau 1 à un réseau 2 on doit traverser une liaison de coût 1, puis une liaison de coût 10 et enfin une liaison de coût 1, la métrique de cette route sera de 1 + 10 + 1 = 12)
Évidemment, comme dans le cas de RIP, les routes ayant les métriques les plus faibles sont privilégiées.
Soit le réseau suivant:
On donne les débits suivants :
- liaison routeur A - routeur B : 1 Mbps
- liaison routeur A - routeur C : 10 Mbps
- liaison routeur C - routeur B : 10 Mbps
réseau | moyen de l’atteindre | métrique |
---|---|---|
... | ... | ... |
... | ... | ... |
...
...
Contenus | Capacités attendues | Commentaires |
---|---|---|
Protocoles de routage. | Identifier, suivant le protocole de routage utilisé, la route empruntée par un paquet. | En mode débranché, les tables de routage étant données, on se réfère au nombre de sauts (protocole RIP) ou au coût des routes (protocole OSPF). Le lien avec les algorithmes de recherche de chemin sur un graphe est mis en évidence. |
Ce document, basé sur les travaux de David ROCHE et de Stephan VAN ZUIJLEN, est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
Pour toute question, suggestion ou commentaire : eric.madec@ecmorlaix.fr